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L'architecture bouge, parce que la ville bouge, parceque le monde change. Vite, toujours plus vite. Développement durable, explosion démographique, exode rural, migrations de masse, mégapoles...Le monde de demain sera massivement urbanisé: nous ne devons pas le rater une nouvelle fois. Architectes et urbanistes travaillent pour des villes meilleures, plus respirables, plus civilisées. |
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Le Corbusier comme exemple
A l'occasion du débat sur les tours, qui n'est pas terminé même si le verrou de 1977 a été rompu par la Ville de Paris, il semble opportun de revenir sur l'un des plus célèbres projets architecturaux (ou plutôt urbanistique) non réalisés, le Plan Voisin. Ce projet, qui peut paraître dément aujourd'hui, proposé par Le Corbusier en 1925, mais auquel il travailla jusque dans les années 40, a eu une considérable influence sur l'urbanisation parisienne des années 50 60, notamment les réflexions de Raymond Lopez. Reprenant un de ses projets théoriques pour une sorte de ville clé en main "de trois millions d'habitants", concept issu de sa vision totalement industrialisée de la construction, Le Corbusier y prévoyait, en gros, la destruction d'un petit quart de Paris, pour y faire un maxi-Front de Seine, en plus grand et en plus radical, un genre de Washinton DC surdensifié à la soviétique. Il voyait en effet la Défense, dont les prémisses datent de la même époque, comme une hérésie, consistant à construire une ville administrative nouvelle à côté de la ville administrative existante, au lieu d'en restructurer le centre selon la "Charte d'Athène". La seconde guerre mondiale en repoussa la réalistion sine die. Nous, qui voyons dans l'affreuse Défense un abcès de fixation indispensable, un moindre mal, qui permet de cantonner les horreurs dans une zone dédiée (ce qui est, et tant mieux, un succès) ne voulons pas, cependant, ne voir dans le plan Voisin qu'une catastrophe à laquelle on a échappé, un simple document uchronique, un dessin d'urbanisme-fiction de plus dont les étudiants en architecture raffolent. On est étonné au contraire, de voir à quel point les arguments des promoteurs actuels des tours sont proches de ces idées d'il y a presque un siècle: jouer avec la densité pour épargner l'espace au sol (soi disant "vert", brrr...) séparation des voies de circulation et des habitations, urbanisme concerté, mégalomanie du silhouettage, ingénierie sociale, etc. Il faut aller au dela de ces considérations. Ce qui aurait fait d'un tel projet une catastrophe (outre la perte patrimoniale gigantesque impliquée par les démolitions de précieux tissus mineurs) n'est pas seulement l'impact démesuré des immeubles envisagés, mais surtout leur aspect, dont on peut imaginer qu'il aurait été celui des armoires de la gare de Lyon ou du Front de Seine, qui en est une (mauvaise) transposition avortée. Car Le Corbusier n'envisageait rien qui ressemblât, en tant que bâtiment élevé, à l'Université de Moscou ou au Dakota building, mais des volumes répétitifs à l'épiderme quadrillé, comme ceux de son contemporain Mies van der Rohe, concepts qui seront la matrice du design industriel pseudo-architectural moderniste et du déferlement des années 60. Alors que les tours, prétenduement instruites par la mémoire de ces échecs, reviennent par la fenêtre de l'écologie (ce qui est un comble), il est utile de rappeler, par l'exemple, ce à quoi nous avons échappé avec le plan Voisin. Ainsi ces quelques montages donnent une vision assez réaliste de ce Paris de Le Corbusier tel qu'il nous apparaitrait aujourd'hui, une ville saccagée, d'une affreuse banalité. Cette ville, qui eût pu être, n'aurait rien d'utopique, mais ressemble aux pires endroits de Berlin ou de Francfort actuel, avec son beau patrimoine, clairesemé, épargné, en constraste douloureux et obsidional avec la monotonie écrasante de l'indifférentisme international. Le problème est toujours le même: la construction industrielle prétend se mettre sur le même plan que l'architecture patrimoniale ancienne, alors qu'il s'agit de deux choses radicalement différentes, issues d'un rupture radicale, celle de la révolution industrielle tardive de l'architecture au début du XXème siècle. Des objets d'art autrefois, on est passé au design industriel aujourd'hui. De la beauté d'un côté, à la production de masse de l'autre. Un architecte actuel peut être un designer talentueux, voire plus talentueux qu'un tâcheron haussmannien de 1870. Il n'en reste pas moins que le talentueux designer dessine des machines à laver et des cafetières électriques, le pompier des naïades, des cariatides, des volutes et des chapiteaux ioniques. Le résultat du premier, jamais, ne pourra rivaliser avec le second, quoi qu'il fasse. Valentin Fiumefreddo |
Plan Voisin. En dessous, une vidéo des années 70 évoque le plan Voisin sur un mode homoristique. La voix off a probablement été rajoutée sur un document pré-existant, qui n'était peut être pas aussi ironique. Plan Voisin, suite. Autres angles de vue ![]() |
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