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L'architecture bouge, parce que la ville bouge, parceque le monde change. Vite, toujours plus vite. Développement durable, explosion démographique, exode rural, migrations de masse, mégapoles...Le monde de demain sera massivement urbanisé: nous ne devons pas le rater une nouvelle fois. Architectes et urbanistes travaillent pour des villes meilleures, plus respirables, plus civilisées. |
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La place de la République: la parole aux "habitants" pour un projet moyen
PARIS - La rénovation tant attendue de la place de la République, la belle inconnue, est sur les rails. Cela n'a que trop tardé. Quartier considéré comme dégradé, la place de la République est pourtant un magnifique ensemble, harmonieux et monumental. La Ville souhaite enfin redonner vie à cet agencement homogène et presque intégralement conservé dans son aspect d'origine (pas "d'armoire" de douze étages, pas de dent creuses) pour en faire un lieu accueillant. Dans les années 70, on s'est désintéressé de la place de la République. C'était la place des magasins de prêt à porter très bas de gamme Tati, des cinémas louches... Bertrand Delanoë, a officiellement lancé le 24 mars 2010 le projet de réaménagement de cette place de 3,5 ha, une des plus grandes et des plus belles de la capitale.
Mais notre sympathique maire se heurte toujours au même problème: comment rendre la ville plus belle tout en ménageant le beau et le social, souvent antinomiques ? Car que se passe-t-il lorsqu'un quartier "populaire" mais composé de bâtiments de grande valeur (ancienne caserne de la Garde républicaine, beaux immeubles en pierre, ancien hôtel, Magasins réunis, statue de la République) est rénové ? Il devient un endroit prestigieux, donc n'est plus populaire: un endroit populaire est fui par tout ce qui n'est pas "populaire", justement, donc si on le rénove, le " peuple" n'a vite plus les moyens d'y vivre et c'est eux qui partent, la "mixité sociale" n'existant évidemment que dans les rêves des technocrates. La "mixité sociale", personne évidemment n'en veut, car à quoi cela sert-il d'être riche, si c'est pour habiter avec les pauvres ? Quant aux pauvres, comme dit le sociologue Hacène Belmessous: "...Sous le pesant regard des classes moyennes et moyennes supérieures, ils nous ont confié ne pas oser être eux-mêmes, de crainte de ne pas être à la hauteur du lieu. Cette peur de mal faire ou de mal dire les hante au point qu’ils s’interdisent des habitudes « d’ailleurs », comme s’interpeller et converser bruyamment, « trainer » dans l’entrée de leur immeuble, etc..." (1) Autrement dit, les pauvres non plus ne veulent pas de la mixité sociale, et les riches ne veulenet pas de pauvres. Que faire ? Il suffit de dire que l'on interroge les "habitants", méthode démocratique qui permet généralement de faire émerger un sympathique consensus centre-gauche.
Vous pouvez voir sur www.paris.fr les minutes de la "concertation" avec les "habitants", et les "suggestions" d'iceux pour la place de la République : "Cette analyse présente une synthèse des 152 contributions récoltées par le site internet du 15 décembre au 9 février mettant en exergue les grands points émergeant. La synthèse porte sur "Le diagnostic et les enjeux" et "Les propositions des habitants". 152! c'est un échantillon infime, mais au moins ces "impliqués" nous auront fait rigoler. Car sous le titre: "Une proposition forte, qui revient à de nombreuses reprises : aménager une « place républicaine », on découvre les amusantes, délirantes ou pitoyables suggestions suivantes qui montrent que Ferdinand Lop ou Aguigui Mouna sont bien morts sans héritiers. Les parisiens "citoyens" sont consternants de sérieux, de pompeux et de niaiserie, et ne sont drôles qu'involontairement : Tout d'abord, une "idée qu'elle est bonne", faire "un monument emblématique". Selon un intervenant en effet, «Pourquoi ne pas imaginer un projet avec une statue au centre de la place de la taille de la statue de la Liberté ? »
Bien que cela impliquerait la disparition du chef-d'oeuvre des frères Morice, le bon sens réactionnaire n'est cependant pas totalement extirpé du bon peuple: naïvement, cette personne s'imagine manifestement que l'on construirait en cette hypothèse une vraie statue. Figurative, donc. Tss! Les gens se croient sous Armand Fallière... Alors que ce serait forcément du contemporain donc une pollution visuelle, presque aussi pire que du JCDecaux. Mais Mr Delanoë est un homme sérieux, donc évidemment cette idée ne sera pas retenue. Puis, plus vague: "Un lieu d’exposition civique", autrement dit un "lieu" ou l'on nous rééduque ("tout le monde il aime tout le monde", etc...). Soit, selon la phraséologie "citoyenne" d'un autre "habitant": « Mette en place une structure/expo permanente d'information sur la République… Un côté historique et civique qui explique ce qu'est la République, les étapes et les 5 Républiques. ». En quoi cela peut il bien consister ? Il n'y a pas un bidule nommé "école", pour ce travail ? J'imagine d'ailleurs le parcours "historique": 466 - 1789, rien.; 1799 - 1848: rien.; 1851 - 1870, rien.
Passons à l'inévitable aspect "humaniste", cool, sympa, citoyen. Dans cette optique, pourquoi pas un "un lieu de solidarité" ? Lieu de solidarité... . Je croyais que les vrais "lieu de solidarité" s'appelaient Centre d'action sociale de la Ville de Paris. Mais je suis sans doute un peu ahuri. Poursuivons:
Je suis pour la "solidarité" évidemment (j'adore la solidarité). Intéressante est l'idée du voisinage entre zonards et "enfants". Sauf que les yeux d'une mère, lorsqu'elle voit son gosse s'approcher à moins de deux mètres d'un SDF, s'aggrandissent d'horreur, et elle tire brutalement le mouflet en arrière. J'ai vu mère le faire à Châtelet, menaçant même le malheureux mendiant d'un coup de pied, et le gamin d'une baffe s'il s'avisait de recommencer. Il y a encore du boulot pour faire passer la "solidarité" clodos-enfants. Mais, qui sait, avec de la "pédagogie" ? La suite: Les manifs sont la spécialité de notre pays et de la belle place . Elle doit donc aussi être un "lieu de rassemblement" : « Une agora, un espace destiné à recevoir les grands rassemblements, les prises de paroles, les évènements. » Ca déchire grave, hein ? Mais il y en a toujours qu'un pour atteindre la classe mondiale: Liberté égalité fratenité. La classe mondiale... Pour terminer, mentionnons la fausse note, voulue ou non: il y en a un (c'est le couac, le type haineux, pas cool, j'imagine) qui manifestement, en à raz-le-bol des clodos qui traînent sur la place de la République. Il entre ainsi dans la case méchants pas tolérants. Et donc, en même temps, essaie tant bien que mal, dans la même phrase, de dire que, oui céhun prohème social grave, mais que, en même temps, bah...heu... cé pas trop top, quoi, tout ces zonards... heu... j'veux dire... « Le standard n'est pas à la hauteur de la renommée de la place. Il faut traiter le sujet des SDF et personnes en état d'ébriété… Quid des SDF qui y ont trouvé un espace vert qui ne leur soit pas fermé? Les exclus seront-ils encore plus exclus?... Grave problème social au centre de la place avec une vingtaine ou plus de SDF dont nombre de sans papiers qui y vivent dans des conditions déplorables, en parallèle cette situation sociale renforce le caractère inhospitalier du lieu pour les Parisiens. » "Inospitalier". Autrement dit: tout ces zonards, c'est vraiment dégueulasse, quoi. Enfin, non... heu... c'est pas c'que j'veux dire... mais... Voilà. C'était la "concertation" avec les "habitants". Parfaitement inutile, puisque le projet retenu est tout ce qu'il y a de plus banal : espaces piétonniers glaciaux, aires dallées sans verdure, design de l'inévitable Wilmotte sans doute... Service minimum de la rénovation (1) Hacène Belmessous: "Le monde selon Disney ou la fin de la ville publique" http://www.crpve91.fr/T1_ville-logement-habitat/pdf/Belmessous.pdf |
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