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OUI, C'EST MIEUX, MAIS NON!
![]() "Un Paris manqué, celui des monuments détruits Supprimer du paysage les horreurs architecturales, d'accord! Mais pas pour revenir en arrière!" Par DOMINIQUE JAMET Marianne du 11 au 17 juin 2001 C'est un prurit, sans doute, qui démange notamment le figaro magazine et ses lecteurs puisque celui-là demande régulièrement à ceux-ci de lui désigner par ordre de préférence les monuments et autres bâtiments publics qu'ils aimeraient voir disparaître du paysage parisien. Où l'on observera au passage que les scénaristes de "Loft Story" pourraient légitimement de réclamer de prédecesseurs. Longtemps l'abominable tour Montparnasse arriva en tête des nominés, suivie de l'agressif centre Pompidou et de la lugubre faculté de Jussieu. Il est vrai que la concurrence était réduite: la République ne construisait guère. Au fil des années, la Grande Arche, la pyramide du Louvre, l'Opéra Bastille, le ministère des Finances, la Bibliothèque de France enfin sont heureusement venus alimenter les ires figaresques et grossir le palmarès de la honte. Pour gratifiants et stimulants que puissent être aux yeux des organisateurs et des participants ces petits jeux de massacre de la modernité, ils trouvent évidement leur limites dans leur caractère négatif. Détruire, disent-ils. Il est vrai que dans certains cas - Montparnasse, Jussieu... - on se tiendrait déjà pour satisfait de ne plus être offusqué par des vues dont l'habitude seule finit par émousser l'horreur. Mais après ? La nature des grandes villes a horreur du vide et ce n'est pas parcequ'elles auraient été ratées que certaines réalisations contemporaines ne répondent pas à des necessités voire à des urgences sociales. On saura donc gré à Valentin Fiume-Freddo et à son complice Olivier Griette, ennemis déclarés de ce qu'ils considèrent comme un enlaidissement de Paris, de nous proposer, sous le titre Paris ressusucité, site par site, place pour place et montage photographique à l'appui, des solutions, c'est à dire des bâtiments de remplacement qui se substitueraient à ceux que nous venons d'évoquer et à quelques autres. De quoi s'agit-il en fait ? De renouer avec les matériaux et le style en usage sous le Second Empire et la IIIème République, d'édifier donc des bâtiments qui s'inscriraient dans lla continuité et sous le signe du caractère haussmannien de Paris. La pierre, le marbre, le cuivre, le zinc et le monumental plutôt que le béton, l'avier, le verre. Hittorf, Labrouste, Garnier et par delà Le Vau, Mansart, Androuët du Cerceau plutôt que nouvel, Portzamparc et Perrault. L'idée et les images, pourquoi ne pas le dire, amusent et séduisent d'abord, d'autant qu'elle flattent un goût que partagent le grand public et le prince de Galles, la nostalgie de l'ancien, du classique, de l'ornement. Mais quoi, est il concevable, est il souhaitable, est-il sérieusement envisageable de faire du neuf avec du vieux, d'habiller l'avenir avec les vêtements d'occasion du passé, de faire endosser à Paris les défroques et les dépouills des siècles révolus ? Cette resurrection a un autre nom: la mort. DOMINIQUE JAMET
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